Désir

Est-ce qu’on bascule dans la folie, ou est-ce qu’elle nous dévore ? Au début, nous voulions appeler cette maison « Le Funambule », en hommage à Genet, bien sûr, mais aussi pour faire écho à cette image d’un fil précaire sur lequel, à chaque instant, celui qui s’aventure menace de chuter dans l’abîme, une image qui nous habite tous deux depuis l’enfance. Mais, dans le basculement du réel, il y a quelque chose d’actif, quelque chose qui nous pousse, qui nous assaille.

Et puis, il s’agit de faire peur, aussi.

Alors va pour l’Ogre.

Ligne Éditoriale

Avec l’Ogre, nous souhaitons défendre des livres qui, d’une manière ou d’une autre, mettent à mal notre sens de la réalité, traitent de ce moment drôle ou terrifiant où les choses et les gens ne semblent plus être ce qu’ils sont d’habitude, où le dehors arrête d’être sage et bien rangé. Cette interruption du flux de la normalité peut se produire de deux façons : soit dedans, avec l’altération du sensible et de la subjectivité, parfois jusqu’à la folie, soit dehors, avec l’altération du réel objectif, c’est-à-dire l’irruption d’éléments appartenant au fantastique. Notre ligne éditoriale veut donc rassembler donc sous une même bannière une certaine littérature du glissement de la perception, de l’effritement ou de la saturation du réel, que nous appelons, en référence à Max Blecher, la littérature de l’« irréalité » : quand dans ce monde normalement accueillant, tout devient objet. Nous pensons à des auteurs comme Kafka, bien sûr, mais également Musil, Gombrowicz et Blecher pour les étrangers, ou Hardellet et Pons pour les Français, et dans un registre plus contemporain, à tous ceux qui entreprennent un rapport singulier à la réalité et à la langue, tels que Rodrigo Fresan, Antoine Volodine, Éric Chevillard, Juan Francisco Ferré ou encore Jacques Abeille.