Que sommes-nous prêts à ignorer, à accepter, à sacrifier, pour vivre « en sécurité » ? par Lucie Taïëb


SAFE : être en sécurité, protégé, à l’abri. Fuir amis et famille à la recherche d’un lieu sûr, et ne pas le trouver. Attendre la guérison en quarantaine, alors qu’une épidémie de syphilis ravage la France, puis se lasser d'attendre. Trouver enfin l’endroit, parfaitement clos, parfaitement pur, où ne plus craindre aucune menace, mais être à la merci de ceux qui ont les clefs. Et savoir pour finir que la sauvagerie des rêves viendra seule contrer un désir de sécurité que rien ne peut combler, un désir devenu fou, qu’il vienne de ceux qui le subissent ou leur soit imposé par d’autres. Que cache un tel désir ? Et comment l’affronter ? Les personnages de SAFE, passagers clandestins entre rêve et réalité, ne cessent de lutter contre une force qui les écrase. Nul ne peut dire si l’issue qu’ils trouvent est une victoire ou une défaite, si la fuite, la quarantaine, les souvenirs mêmes, sont des refuges, des impasses, des prisons. Au passage: une héroïne aux visages changeants, une hache et une seringue, des corneilles, un renard, des hommes masqués, des sœurs complices, un avion sans pilote, quelques nuées d'enfants.



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L’héroïne de SAFE, de Todd Haynes, s’appelle Carol. Elle est interprétée par Juliane Moore.

 

Je n’ai pas vu le film à sa sortie, mais il y a quelques années, à cause de son titre.[1]