« Est-ce que tu ne voudrais pas retirer ce masque un court instant, et, au lieu d’essayer à tout prix d’éviter ces choses que tu portes en toi, cette rage, cette violence, jouer un petit peu avec ? »

Comment t’es venue l’idée de cette forme ?

Jason Hrivnak : Si je me souviens bien, j’avais décidé de me tourner vers la fiction un ou deux ans avant l’écriture de ce projet. J’avais voulu commencer par des nouvelles, parce que je pensais que c’était la chose à faire, parce que la forme courte était plus facile. En fait, les nouvelles ne sont pas plus faciles à écrire, pour moi elles sont même plus difficiles, c’est comme de se battre dans une toute petite pièce. Et, dans cet ensemble de nouvelles, il y en avait une qui partait de l’épisode de l’astronaute dans La Maison des Épreuves. J’en suis venu à cette forme comme ça. Je voulais une voix froide, un environnement scientifique et, en écrivant cette nouvelle, cette voix m’a accompagné et le texte s’est transformé, prenant place dans un projet plus grand dont l’histoire de l’astronaute n’était plus qu’une minuscule partie. Ce projet a grandi de manière organique, il n’y avait pas vraiment de décision prise en amont. Le QCM, c’est une forme qui est venue plus tard, comme un nouvel outil ajouté à la boîte à outils.

L’introduction a donc été écrite après la naissance du projet ?

J. H. : Oui, les sections 1 à 3 ont connu plusieurs versions avant que j’ajoute l’introduction. J’avais soumis le livre à une éditrice sous ce que j’appelle sa « forme froide », les sections 1 à 3 sans le contexte offert par l’introduction, et l’éditrice a beaucoup aimé, et m’a demandé s’il était possible de rajouter un petit peu de contexte, car quand je lui ai dit d’où venait le projet, ça l’a beaucoup intéressée. Et quand elle parlait d’« un peu de contexte », je crois qu’elle voulait dire rajouter un peu de matière au sein des questions elles-mêmes, mais à la place, elle s’est retrouvée avec une sorte de déballage. J’ai déballé le livre, et j’ai tout réécrit à partir de zéro, y compris l’introduction. Encore une fois, je l’ai juste touché, et cette nouvelle forme a poussé d’elle-même. Je lui serai toujours reconnaissant de m’avoir aiguillé comme ça, même si elle a été pas mal gênée par le temps que j’ai mis à tout réécrire. Au début, je pensais que l’introduction ne serait pas importante pour l’expérience du lecteur. Je pense aujourd’hui qu’en fait cette idée était fondée sur ma peur, sur le fait que je n’avais pas envie d’affronter directement le matériau du livre, et, au final, je suis très content de l’avoir fait.

Est-ce que, aujourd’hui, parmi toutes les petites histoires, toutes ces mises en situation, il y en a une qui résonne plus que les autres ?

J. H. : Non. Je crois que c’est en partie parce que j’ai travaillé très dur pour que chacun de ces scénarios fonctionne du mieux possible au sein du livre, ce qui, de manière générale, impliquait de les compresser, d’éliminer des éléments qui pouvaient être vraiment chouettes mais ne servaient pas le projet. L’épisode du manège sur la glace, par exemple, je me suis battu avec pendant peut-être des années, sous la forme d’une nouvelle. À un moment, je me suis même dit qu’il s’agissait peut-être là d’un livre à lui tout seul. En fin de compte, cette histoire est venue me sauver alors que j’avais un point aveugle dans le livre. Et elle était bien plus vivante pour moi sous cette forme compressée que dans toutes les horribles tentatives que j’avais faites pour en tirer une nouvelle. Je suis sûr que si je prends les épisodes un par un, il y aura plein de trucs comme ça : une image qui m’intéressait, mais que je détestais car j’étais incapable de faire du bon boulot avec, s’est transformée en quelque chose pour lequel je peux éprouver un peu d’affection car il a trouvé une place dans ce que j’estime être un projet bien plus dangereux. La forme étrange de La Maison des Épreuves a une extraordinaire capacité à absorber ce genre de choses. Ça a été une grande leçon pour moi d’apprendre que mon esprit était bourré de choses qui ne fonctionnaient pas dans des formes littéraires plus conventionnelles, qu’il fallait que j’invente la forme qui leur ferait prendre vie. C’est une leçon que j’ai apprise à la dure, et je ne perds plus mon temps ou mon énergie à essayer de faire rentrer de force ce que j’ai dans la tête dans des formes plus classiques.

Si on écrit une toute petite partie de quelque chose de terrible, il semble qu’on libère de manière beaucoup plus puissante l’imaginaire du lecteur. On pourrait aller jusqu’au bout, mais peut-être que le lecteur serait mis beaucoup plus rapidement à distance, soit parce que tu écris quelque chose d’horrible, soit parce que tu délivres trop de choses horribles, alors que là tu laisses aux gens la possibilité de mettre un filtre ou au contraire de s’investir complètement et de libérer son imaginaire. C’est comme si une toute petite partie d’horreur, une impulsion, libérait un peu plus de magie. Est-ce que c’est ça que tu attends de la fiction ?

J. H. : Quand un écrivain écrit sur l’horreur, le matériau peut vite devenir trop explicite, pesant. Il m’arrive régulièrement de lire des auteurs dont je trouve la démarche intéressante, mais qui ont tendance à prendre des pages pour dire quelque chose qui, selon moi, devrait être dit en une phrase. Il y a un autre problème, c’est que l’horreur est un domaine impitoyable, principalement parce que nous ne l’évaluons qu’à l’aune de son effet viscéral. L’horreur nous touche ou elle ne nous touche pas, point. Elle peut nous entraîner dans un territoire lumineux et dangereux comme elle peut nous laisser sur place, nous abandonner sur notre chaise, inchangés. Seule la pornographie est plus honnête que ça. En tant que lecteur, je crois que je veux seulement être ensorcelé. Je lis beaucoup de choses qui vous surprendraient, des gens qui font leur travail tellement bien qu’ils nous ensorcellent indépendamment de la matière. Je pense ici aux livres de l’auteur américain James Salter, dont les histoires, quand elles sont décrites, ont l’air franchement horribles, mais, techniquement, la manière dont elles sont mises en scène suffisent à m’entraîner complètement. Il écrit à propos de gens du milieu de l’édition en Nouvelle-Angleterre et de leurs infidélités, de pilotes de chasse, de gens qui font de l’escalade, ça a l’air super ringard, un peu comme du très mauvais Hemingway, mais tout est dans la manière dont il traite son matériau. C’est l’un de ces auteurs que j’estime intraduisibles, parce que s’il relâche le fil ne serait-ce qu’une seule phrase, le livre s’effondre et devient juste un ramassis de conneries ennuyeuses que personne ne pourrait lire. Mais je n’ai encore jamais lu un livre de Salter raté. Ils volent tous. C’est pour moi une contradiction fascinante : comment trouver des lectures satisfaisantes en dehors des sujets qui m’intéressent ?

Les auteurs contemporains, ont tendance à saturer leur livre, au sens où ils laissent peu d’interstice dans leur écriture pour que le lecteur puisse laisser son imagination se déployer. Dans ton livre, c’est un peu l’excès inverse : il donne l’impulsion, l’étincelle pour que le feu prenne chez le lecteur.

J. H. : La saturation, en tant que porte d’entrée, est un problème qui m’intéresse à la fois en tant que lecteur et en tant qu’écrivain. J’ai écrit pas mal de fictions « classiques », enfin j’ai essayé. Peut-être qu’un jour, quand je trouverai quelqu’un en qui j’ai suffisamment confiance, je lui montrerai un peu de ce travail, et je lui demanderai : Est-ce que ça a la moindre valeur ? En fait, je me fiche de savoir si ça a de la valeur, ce n’est pas ce que j’essaye de faire. Ce type de porte d’entrée n’est pas pour moi, je trouve souvent le résultat inerte, mort. Je ne dis pas que la fiction « classique » est inerte, mais que, pour ce que, moi, j’essaye de faire, elle n’est pas satisfaisante. Je me suis également rendu compte qu’il existait pour moi un lien entre blocage et timidité. Un projet qui ne se développe pas de manière fluide est pour moi la preuve d’un niveau inadéquat de confrontation à moi-même. Je pense que c’est une telle confrontation qui a enfin été l’étincelle qui a donné la vie à ce livre. Tout découle du moment où j’ai admis que je voulais écrire quelque chose d’un petit peu laid, d’un petit peu terrible, que je voulais écrire quelque chose dont la magie serait inhérente à des choses très difficiles. Je me souviens des critiques qu’on m’a faites sur le livre quand il est sorti, du type : pourquoi tu n’as pas fait le même livre en adoptant une forme beaucoup plus classique, ton livre aurait pu être beaucoup plus populaire ! Peut-être ces critiques ont-ils raison, mais quand bien même ils auraient raison, je ne retournerai pas en arrière pour écrire le livre de manière conventionnelle. Je me souviens que ce type de critiques m’ont surtout poussé à éclaircir les principes qui ont sous-tendu mon projet, ils m’ont donc aidé à conceptualiser ce que j’avais fait. Il m’en est venu une image, une idée : je chante avec une bouche cassée, si bien que les sons que je produis avec seront toujours étranges et dissonants. Cette forme bizarre est mon accent.

De l’aveu de certains lecteurs, ton texte donne envie de le continuer, d’inventer nos propres histoires une fois le livre fini. Est-ce qu’une communauté s’est formée sur Internet pour continuer « La Maison des Épreuves » ?

J. H. : Non, pas du tout. Je n’aime pas faire du marketing conventionnel, des lectures. Non seulement elles ne sont pas géniales, mais je ne trouve pas l’exercice adapté à mon travail. Au lieu de ces trucs habituels, j’ai eu envie de créer une sorte de formulaire en ligne, où les lecteurs pourraient écrire et partager leurs réponses aux questions. Le problème, avec ce genre d’idée, c’est qu’il faut avoir assez de lecteurs ! Au final, j’ai réalisé que, plutôt que d’en faire un exercice de marketing, il serait plus intéressant de faire une sorte d’atelier d’écriture, avec cinq ou six étudiants. Si cette idée a une quelconque valeur, c’est en tant qu’objet littéraire, en tant que dialogue, et non en tant qu’outil commercial pour promouvoir le livre.

Tu peux nous parler un peu du second roman que tu as écrit ? Tu y poursuis ce type de forme ou tu changes complètement ?

J. H. : Ce n’est pas une fiction « classique », encore une fois, mais c’est complètement différent de La Maison des Épreuves. La question, la peur, qui me taraudait en écrivant ce livre était : comment une toute petite chose peut nous appâter, peut suffire à nous motiver pour vivre un jour de plus, et à quel point cette chose peut être petite. Est-ce que je marcherai sur du verre pilé pour une minuscule miette d’espoir, de chaleur ? Bien sûr, la réponse implicite à toutes ces questions est oui. Peu importe à quel point cette chose est petite, peu importent les obstacles qui barrent la route, vous allez essayer de l’obtenir quoi qu’il arrive. Alors ce livre est une sorte d’exercice : à quel point ce qui permet au personnage de survivre peut-il être minuscule ?

Tu nous as dit que ton second livre était beaucoup plus sombre que « La Maison des Épreuves », qui l’était déjà. Mais « La Maison des Épreuves » est un roman lumineux, plein de vie, non ?

J. H. : Je suis d’accord, mais j’ai compris quelque chose que je n’avais pas bien compris quand le livre a été publié, ce qui est certainement une preuve de ma naïveté : la seule présence d’un matériau sombre ou violent suffit à perdre un grand nombre de lecteurs. Peu importe le contexte dans lequel est utilisé ce matériau ou la raison pour laquelle on l’utilise. Même maintenant, je le comprends d’une manière intellectuelle, mais pas dans mes tripes. Je déteste dire ça, et en même temps j’adore : les deux livres que j’ai écrits jusqu’à présent m’ont fait perdre des amis dès qu’ils ont commencé à circuler. Et le second n’a même pas encore été publié ! Je suis heureux que certains lecteurs y voient un livre lumineux. Mais c’est le jeu, non ? On pose le livre, là, dehors, et quelqu’un peut en retirer quelque chose, ou au contraire être blessé par sa lecture.

Même si tu nous as dit que ton second roman était plus sombre, le peu que tu nous en as dit semble indiquer qu’il s’agit encore d’une histoire de pulsion de vie, d’un roman qui n’est pas nihiliste.

J. H. : Mes deux livres ne sont pas nihilistes, je crois. Du moins, ils le sont beaucoup moins que moi. Je me fiche de savoir si ce que j’écris me fait passer pour un bon gars, ce qui compte, c’est que ce que j’écris fonctionne. Les contorsions formelles que les lecteurs doivent accomplir en lisant La Maison des Épreuves sont parfois inconfortables, bien sûr. Si on met ça sur un plan physique, c’est comme si le lecteur était contraint de faire des sauts périlleux, des roues, de faire une gymnastique compliquée et étrange. Quand je lis un livre élaboré à partir d’un matériau très sombre, et que la forme est simplement époustouflante, j’ai la sensation d’avoir été à un bal, ce qui ne change rien au fait que ce bal prend place au sein de quelque chose de violent et de sombre. Mais j’ai été à un bal, et qu’il soit sombre ou pas, je m’en fous. C’est ce que je ressens quand je lis ce type de livre, et la manière dont je poursuis le même objectif dans ce que j’écris se fait clairement par d’autres biais. La Maison des Épreuves n’est peut-être pas une célébration de la vie, je ne sais pas, mais c’est une célébration. Et je pense que cela suffit, peu importe s’il s’agit d’une célébration de ce qui est sauvage ou une célébration des pulsions qui vivent en nous et mettent un certain nombre de personnes mal à l’aise. Mais peut-être qu’en disant cela, j’impose ma propre perversion, et que cela n’est vrai que pour une toute petite minorité de lecteurs.

Je pense que, dans la littérature contemporaine, il y a un truc qui n’est pas bien compris, c’est la relation qu’entretiennent un matériau comique et ce que l’on pourrait appeler une pulsion nihiliste. La présence de la comédie dans un livre est complètement associée à quelque chose d’antinihiliste, tandis que les livres nihilistes seraient, eux, sérieux et sans humour. Je pense que cette impression est totalement fausse. Le meilleur exemple que je puisse trouver est l’œuvre de Michel Houellebecq : ses livres sont hilarants, et, en même temps, font toujours signe vers une vacuité tout à fait glaçante. Et je pense qu’utiliser le rire comme une sorte d’échappatoire, quand on n’a pas la maîtrise technique d’un Houellebecq, est lâche et dangereux. Certaines des choses les plus affirmatives, le pouvoir même d’affirmation, résident dans la capacité extraordinaire de certains auteurs de maintenir une pensée difficile, une position difficile, et de ne pas se laisser aller à la pulsion très humaine consistant à se retirer, à prendre de la distance pour tourner le monde en dérision. C’est l’une des choses que j’essaye, et que j’essaierai toujours, de mettre dans mon écriture : accepter de rester dans une position inconfortable. Voilà quelque chose à quoi je pense être plus déterminé que la plupart de mes contemporains.

Dans « La Maison des Épreuves », nous ne sommes pas confrontés à la violence du monde, mais à celle que potentiellement nous recelons en nous. La forme du livre impose que nous adoptions non pas une position de lecteur classique, mais davantage une position d’acteur. Si l’on n’adopte pas cette position d’acteur, alors le livre peut être reçu de manière beaucoup plus dur. Comment cela s’est-il passé au Canada ?

J. H. : Cette violence à laquelle l’on est confronté, nous l’avons tous en nous, dans nos rêves, comme ces pensées qui surgissent quand quelqu’un nous coupe la route en voiture. Et il se produit comme une dissonance quand les gens disent « je n’ai en moi aucune de ces terribles pulsions ». Cela doit être terriblement épuisant, ça prend une telle putain de quantité d’énergie de vivre avec cette dissonance ! Alors quand je lis quelque chose qui me pousse à me confronter avec ces parties de moi, j’éprouve une incroyable sensation de liberté. Bien sûr, tout le monde ne ressent pas les choses comme ça, mais mon livre est une proposition : « Est-ce que tu ne voudrais pas retirer ce masque un court instant, et, au lieu d’essayer à tout prix d’éviter ces choses que tu portes en toi, cette rage, cette violence, jouer un petit peu avec ? » Je pense que c’est une excellente idée de laisser tomber pour un bout de temps notre programmation, notre position nombriliste aussi flatteuse qu’intenable, et de se confronter aux autres éléments qui nous constituent.

Quand le livre est sorti au Canada, jamais la question du suicide n’a été directement abordée, ce qui m’a pas mal perturbé à l’époque. Le silence autour de la question m’a mis très mal à l’aise. Pour moi, ce malaise a été exacerbé par le fait que, à un niveau personnel, le livre a été publié dans des conditions que l’on pourrait qualifier d’échec annoncé : quelques jours avant le lancement du livre, l’auteure québécoise Nelly Arcan s’est suicidée, et cette nouvelle m’a beaucoup touché car son œuvre revêtait une importance particulière pour moi. Elle faisait partie des très rares personnes au Canada dont l’estime m’importait. Il ne s’agissait pas, du moins pas seulement, d’une question de degré, de sa place au sommet d’une hiérarchie d’écrivains dans les mains desquels je rêvais de placer mon livre. Elle était sans pareil, unique en son genre, et quand elle a disparu, quand elle a été dévorée par exactement les mêmes forces destructrices que j’avais essayé de combattre dans mon livre, j’ai eu la sensation d’un gâchis immense, comme si j’avais jeté mon livre au fond d’un puits. Je n’ai sans doute pas travaillé suffisamment pour que le livre soit un succès, pour la bonne raison que j’ai trouvé que le silence qui l’avait accueilli était juste. Arcan avait non seulement été beaucoup plus prolifique que moi, mais elle travaillait également dans une veine tout à fait différente, dans un style qui n’avait rien à voir. Et pourtant, quand je regarde en arrière, je vois certaines des connexions qui faisaient que je la considérais comme un membre de mon cercle. Nous partagions la même relation désordonnée et douloureuse entre nos fictions et la réalité qui les avait produites ; la même impression que le texte est moins une invention que le sous-produit direct et tangible de difficultés personnelles, de traumatismes.

J’ai terminé deux livres, et les deux me semblent rétrospectivement trop personnels, si intensément personnels que cela me met mal à l’aise que des gens puissent les lire. Parfois, quand je me rends compte à quel point ma pensée est vivante dans ces livres, j’ai l’impression que ce sont mes propres entrailles qui sont disposées sur les rayonnages des librairies.

Voudrais-tu parfois reprendre tes livres au public ?

J. H. : Oui, mais seulement pour les améliorer.

propos recueillis Aurélien Blanchard et Benoit Laureau

date de publication, vendredi 27 janvier 2017