Maurice Mourier,

Par une forêt obscure

- Ogre n°11

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  • "Entretien avec Maurice Mourier", par Hugo Pradelle, En attendant Nadeau, 29 juin 2016


    "On monte en épingle les choses de tous les jours alors que, pour moi, la littérature consiste justement à s’en évader, à s’en séparer, à s’en disjoindre. C’est un moyen de refuser le réel, de l’oublier aussi, un peu. Et je préfère qu’on me raconte une histoire, une vraie même, mais à condition que l’imagination y joue un rôle capital, plutôt que de me raconter la trivialité quotidienne. C’est l’imagination « maîtresse d’erreur et de fausseté » qui me paraît la clef véritable de la littérature"

  • "Par une forêt obscure, Maurice Mourier", par Lou Darsan, Lou et les feuilles volantes, 25 mai 2016

    "La beauté fluide de l'écriture de Maurice Mourier restitue toutes choses avec une sensualité, une sensitivité, exacerbée, précise et délicate. [...] Le roman ne s'impose pas par la force, mais s'infuse avec douceur et en profondeur dans l'imaginaire, à la surface duquel, longtemps après la lecture, les images et les émotions affluent de nouveau."

  • "Par une forêt obscure - Maurice Mourier", Caroline, Un dernier livre avant la fin du monde, 23 mai 2016

    "Maurice Mourier est un magicien de la prose, son livre un conte onirique et végétal."

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  • "Maurice Mourier, Par une forêt obscure", par Philippe Lazar, dans diasphoriques, juillet 2016

    "Mourier a sans doute puisé dans "la forêt de la mémoire" le riche matériau de sa construction romanesque mais même s'il a pu s'inspirer, pour donner si fortement vie aux personnages qu'il met en scène, d'évènements "réels", ceux-ci n'affleurent qu'au travers d'une distanciation créée d'emblée par le tutoiement qu'il utilise à l'égard de l'enfant. Le lecteur est ainsi placé sur un pied d'égalité avec l'auteur dans son projet de restitution des émotions de la prime enfance au travers de tout ce qu'elles impriment en nous de plus profond, de plus intime. C'est bien de ces traces, précieuses, que le temps, impitoyablement, ne manque pas de tenter d'effacer que Mourier est en quête dans ce superbe poème romanesque où se côtoient tendresse, bonheur et amère perception de toutes les formes de violence, à commencer par celle, inacceptable, de la mort." 

  • "Tu étais ce petit garçon sous l'Occupation", par Bertrand Leclair, Le Monde des Livres, 30 juin 2016

    "Si son maniement demande autant de doigté que d’énergie, le tutoiement est un excellent véhicule pour voyager dans le temps : quiconque en douterait peut le vérifier avec Par une forêt obscure, une formidable réussite qui n’a contre elle que son titre banalement symbolique. Maurice Mourier, que la chronique ­littéraire a eu grand tort de négliger après l’avoir célébré à la parution de ses premiers romans, dans les années 1970, y tutoie le petit garçon qu’il fut durant l’Occupation. De bout en bout d’un récit tendu comme l’arc du temps, il donne le sentiment d’avoir écrit assis sur ses talons pour se mettre à hauteur de l’enfant, les yeux dans les yeux, afin de partager ses sensations, ses joies et ses angoisses, sachant bien qu’il a autant sinon plus à apprendre de lui que l’inverse.

    L’enfant, qui n’a que des bribes de souvenirs précédant l’exode de 1940, fêtera ses 8 ans peu avant la Libération. Il vit à la campagne, avec sa grand-mère, qui est d’abord un corps généreux, une tour protectrice au rire plein de soleil. Elle est également fort loquace, et ses propos rapportés, volontiers gouailleurs, permettent au lecteur de comprendre que le père du garçon est prisonnier de guerre, tandis que sa mère travaille dans un journal, à Paris, et vient par le train, quand elle peut. Arrivé récemment, André, un soi-disant « cousin », partage la cuisine mais dort dans la grange ; il doit rester ignoré des voisins qui médisent « par bêtise », et surtout des occupants du château, dont le nombre et la fébrilité ne cessent d’augmenter.

    Des adultes si fragiles

    Le petit garçon solitaire court la campagne, discute avec chiens et chats, et même la chèvre qui sait tourner la clenche de la cuisine. Sa première rentrée scolaire le voit sortir pas à pas de l’innocence tout en apprenant à lire, écrire et décrypter peu à peu la chape d’angoisse qui jusqu’alors pesait à son insu sur son univers. Il le comprend aux gestes, aux ­attitudes et aux silences, alors que la résistance s’organise autour de la grand-mère, « tu le sais sans l’apprendre, personne n’en parle, tout se sait par osmose ». Cette osmose retrouvée, pour ne se dire que dans cette phrase, est la clé du texte. Le lecteur non plus n’a pas besoin des mots de l’historien pour appréhender comme il lui a rarement été donné de le faire ce moment où, par tout le pays, la mort saisit le vif – à l’âge précisément où ­l’enfant prend conscience de son destin et du destin des adultes si fragiles, même lorsqu’ils prétendent faire rempart de leur corps aux menaces du dehors.

    Au présent d’une phrase souple et limpide, le tutoiement crée une distance affective entre l’auteur et son personnage pour y faire surgir un passé enfoui avec une rare puissance d’évocation, et ce sont des sons, des ­gestes, des lumières, des odeurs âcres ou légères, toujours perçues à hauteur d’enfant, qui jaillissent dans la profusion d’un texte aussi enlevé qu’il est imagé. Le lecteur se souvient alors que l’auteur, dont les romans précédents ont souvent tiré du côté du fantastique ou de la science-fiction, n’a pas été ­seulement un remarquable critique à La Quinzaine littéraire, mais aussi un cinéphile érudit. Le paradoxe est que son livre, pour être impossible à adapter, emporte comme un film tourné caméra sur l’épaule, avec une science du cadrage et du montage si naturelle qu’elle semble intuitive. Quand la littérature prétend reprendre au cinéma son bien, sur le terrain de ­l’enfance."

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