Maurice Mourier,

Dans la maison qui recule

- Ogre n°3

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  • "Dans la Maison qui recule, Maurice Mourier", par Patryck Froissard, La Cause Littéraire, 22 mai 2015

    "On est à la fois dans le théâtre de Guignol et dans la folie géniale d’Antonin Artaud.

    Le lecteur qui se laissera tourbillonner dans la dérive du discours déchaîné, dans l’excessif, dans l’incorrect, dans l’impertinent, dans la pétulance, dans l’absurde, dans le salace, dans l’enfilade époustouflante des jeux de mots, calembours et calembredaines irrésistiblement hilarants, dans la succession des pitreries, des facéties, des coq-à-l’âne des acteurs… accomplira un voyage euphorique qui sera à la fois un bienfaisant retour vers une enfance où tous les imaginaires et les illogismes sont ouverts et une étourdissante course à la débauche lexicale sur un impétueux torrent d’amoralité, dans une sorte de nouvelle nef des fous.

    Ce livre hors genre peut se consommer de deux façons : de celle d’un gourmand qui l’avalerait d’un seule et longue goulée ou de celle d’un gourmet qui le dégusterait à petits traits.

    Quel qu’en soit le mode, la lecture en sera forcément, fortement, jouissive."

  • "A chacun son château…" par Rachel Lauthelier, Parution.com, 20 mars 2015

    "Tout ne serait donc qu’illusion et fantasmagorie ? Mascarade et théâtre ? Un rêve peut-être ? On ne sait pas très bien. Une chose est certaine, on ne se laisserait pas porter par ce «château bateau» – qui ressemble à s’y méprendre à une de ces allégories animées dont Hayao Miyazaki est si friand – si le récit ne nous tenait pas en haleine. Cet univers romanesque dominé par l’absurde nous happe dans un tourbillon qui n’est pas sans rappeler celui de l’existence."



  • "Vous êtes dans la maison qui recule. Laissez vos repères à l arrière. Prenez sur votre dos Lewis Carroll, Rabelais, Queneau et Kafka (rien que ça ... ) et tournez sans fin dans cette ronde foutraque et poétique !" Nathalène Goossens Librairie Atoutlivre 75012 Paris. 

  • "Maurice Mourier - Dans la maison qui recule", par Teddy Lonjean, Un dernier livre avant la fin du monde, par Teddy Lonjean, 20 mars 2015

    "Bon autant le dire tout de suite, ce livre est dingue, imaginez une sorte de Don Quichotte ou d’Alice au pays des merveilles version Terry Gilliam ( Brazil, L’imaginarium du docteur Parnassus) . C’est diablement tordu et on a pas fini de marcher sur la tête à la lecture de ce roman.
    Mais cette folie nous entraîne aussi dans une multitude de références plus ou moins discrètes à des œuvres littéraires. Ici le château de Kafka, là du Rabelais, un petit clin d’œil à Lolita etc… Un jeu littéraire au service d’une histoire farfelue et drôle."

Journaux

  • "Jusqu'au Trou du gnou", par Gabrielle Napoli, La Nouvelle Quinzaine littéraire, 2 mai 2015


    « Lire le jubilatoire Dans la maison qui recule, c’est accepter d’aller jusqu’au « Trou du gnou » qui, « comme son nom l’indique est un trou dont la circonférence est partout et le centre nulle part ». C’est du moins ce que nous indique, dans les dernières pages, le Dramatis personae.

     

    Mais ne craignons pas de suivre dans ses pérégrinations le Jeune Homme Blet, qui se dit journaliste envoyé par sa rédaction au Château, pour rencontrer le Saint. Évidemment, le Château ne ressemble guère à un château, il est peuplé de personnages farfelus qui tiennent des propos saugrenus. Quant au Saint, il est invisible. Le chemin est sans fin, labyrinthique, angoissant pour le Jeune Homme Blet, hautement cocasse pour les autres personnages qui l’observent, lecteur compris.

    Il y a du Kafka là-dedans. Mais espérer identifier toutes les références dont Maurice Mourier nourrit son livre, c’est courir le risque d’imiter le Jeune Homme Blet à la poursuite du Saint, qui passe par divers états : Jeune Homme Obstiné, Jeune Homme Accablé, Homme Mûr et Déconfit, Homme Prématurément vieilli, Vieil Homme Blet, Vieillard terne qui n’a rien compris, pour devenir enfin Vieillard Tout Blanc Lamentablement Décrépit. L’un des plaisirs de cette lecture est quand même d’entendre, ici ou là, des échos de textes qui nous ont marqués. Le Soulier de satin de Claudel est présent des premiers aux derniers mots ; Jarry aussi et son sacré Ubu roi. Mais que vient faire Gombrowicz ? C’est finalement très cohérent, tout ce bazar. Kafka et son Château ; mais Lewis Carroll aussi, tout comme Borges. Les poètes dadaïstes ne manquent pas à l’appel, et remontons encore le temps, puisque Sade nous guette derrière une muraille qui n’est pas celle de la Bastille, mais se situe peut-être dans le Luberon ; Rabelais et sa fameuse abbaye… Les allusions sont innombrables, littéraires, philosophiques, cinématographiques.

    L’intrigue est relativement simple : le Jeune Homme Blet poursuit l’objectif qu’il s’est fixé, s’entretenir avec le Saint. Nous lisons parallèlement des extraits de son journal. Le reste est pris en charge par un narrateur exquis, le scribe, mandaté par le Saint. C’est donc lui qui s’y colle, et son esprit est facétieux : « le Jeune Homme gravit donc un escalier dont chaque marche, de deux mètres en largeur, est constituée d’une seule pierre usée par le temps. Il doit se dire : bon sang, ça y est quand même, j’y suis, eh ben ! dis-donc, c’est pas trop tôt, ou autres réflexions fines qui meublent agréablement le vide intérieur. C’est du moins ce que je penserais à sa place, si j’avais à penser, mais je suis scribe ». En réalité, le scribe pense, beaucoup d’ailleurs, et à bon escient. Les personnages sont truculents, le Docteur Rubbe et son épouse la Femme Hélique, « quinquagénaire aérobiquante » à l’origine de « l’Atelier de Dévergondage Sexuel du Château », tuteurs de la petite dévergondée Évelyne ; Faux-Derche, qui rend compte chaque jour de l’actualité internationale, J’Hope d’un œil, le Professeur, l’Abbé qui devient animateur du Centre de Recadrage pour Cadres décadrés.

    On ne s’ennuie jamais, oscillant entre angoisse et hilarité, sentiment de reconnaissance et étrangeté totale. L’espace est décrit avec beaucoup de précision ; et plus les détails sont nombreux, moins nous sommes capables de nous représenter l’univers dans lequel les personnages évoluent. Ce que l’on a pris, d’abord, pour un plateau des Causses, au vu de la végétation et des pierres décrites, est peuplé d’otaries et de gnous ! C’est une fantaisie parmi tant d’autres… nous continuons notre lecture sans nous laisser impressionner. La possibilité du rêve est évoquée, bien sûr. Si on a pu associer le Jeune Homme Blet à K., on pensera aussi à Gregor Samsa.

    Mais c’est bien de notre réalité que nous entretient aussi Maurice Mourier. Il semble que le propos soit politique bien plus souvent qu’on ne pourrait le croire. Les fossés creusés pour protéger le territoire du tourisme sauvage, œuvre de l’organisation clandestine apinesse tourze, évoquent sans doute ces ZAD dont on parle de plus en plus. Quant au compte rendu de Faux-Derche sur l’actualité internationale, il est incroyablement réaliste, tout en opérant sans cesse un léger décalage qui maintient le lecteur entre rire et révolte : « En Afrique orientale, des corps-à-corps indéterminés opposent depuis un mois, au Zimbabwe, les ethnies Tutsi et Futsu. Le général Fubert Bongros, homme fort de la région, semble dominer la situation : “Je les ratiboise”, dit-il, mais les correspondants de presse, un peu perdus dans l’onomastique tribale, semblent en peine de définir à qui exactement fait allusion ce soldat, qui jouit d’une grande réputation d’humanité sur tout le pourtour du lac Turkana, ayant aboli la coutume qui voulait que l’on noyât systématiquement toute la famille (au sens large) d’un combattant pris les armes à la main. »

    Les médias et « internénette » en prennent pour leur grade, et Mourier s’attaque aussi avec un humour mordant à la disparition du savoir au bénéfice de la prétendue information. Si les habitants du Château luttent contre cela, et le travail de Faux-Derche en est la preuve, la bibliothèque découverte à la fin du récit confirme le sentiment du lecteur que, sous toute cette facétie, c’est le malheur qui gronde, tranquillement mais sûrement. Cette guerre qui s’annonce, et en prévision de laquelle on accumule des pots de confiture de tomates vertes, sourd à chaque page ou presque. Le temps s’arrête dans le récit, le passé n’existe que pour le Saint, le scribe s’en tient au présent : « du présent tout cru, du tout-venant, pas de la durée ». Et le « calendrier des postes de 1939 représentant, en très gros plan, une vache plein mufle » est cette marque du temps qui fait résonner avec d’autant plus de force les multiples avertissements de la guerre qui se prépare.

    Ce monde, sur lequel planent « comme un nuage de graisses et de sang, les manigances puissantes de l’argent, que rien n’arrête, et qui se nourrit d’égorgements, du tabassage réciproque des pauvres et des incultes, qui se nourrit de l’afflux puis du manque de pétrole, du blé, de la sardine à l’huile, du lavabo et de ce qu’on y pisse, du bénitier et de l’eau bénite achetée pour la fourrer dedans », est désespérant, et on ne peut qu’en rire… Mais le rire est rageur, les jeux sexuels, scatologiques, verbaux, ne sont pas des remèdes. L’issue politique est fatale et le ton du récit est de plus en plus inquiétant. Le Jeune Homme Blet porte en lui-même le début d’une pourriture qui nous guette tous. Chercher l’issue est vain car « il n’y a de sortie nulle part, sur cette terre, et pas plus ailleurs, sauf les pieds devant ».

    Dans la maison qui recule est l’œuvre d’un esprit érudit et plein d’humour, qui n’écrase pas son lecteur mais au contraire le rend à chaque page plus intelligent, joyeux de saisir au vol les innombrables jeux de mots, de se délecter de poésie, et de reconnaître des échos de textes qui lui sont familiers. L’ironie de Maurice Mourier réside là aussi : passeur d’un patrimoine culturel immense, il se moque des savoirs livresques tout en déplorant leur progressive disparition au profit de discours ineptes. »